Per Capita

Mots des commissaires

Nous vivons à l’ère de la post-vérité où les mouvements nationalistes et populistes prennent de plus en plus de contrôle et où chaque « clic » est surveillé, traqué et monétisé. Notre environnement naturel est menacé par la gloutonnerie et l’avidité.

Au fur et à mesure que nos institutions deviennent désuètes, les citoyens sont poussés à trouver leur propre justice dans des mouvements tels que #MeToo. Alors que ces réalités deviennent de plus en plus perceptibles par la population en générale, nous constatons que nous sommes laissés à nous-mêmes, avec notre communauté, et devant une seule option : DIY OR DIE !

Le thème choisi pour la 10e édition du festival international d’art numérique, Sight & Sound, est inspiré de la situation actuelle même du centre Eastern Bloc. Ainsi la soirée djs du samedi 26 octobre, symbolisera le dernier événement majeur qui aura lieu dans nos locaux au 7240 Clark. Après 12 années de célébration de l’art numérique sous toutes ses formes, après d'innombrables performances, événements, expositions, ateliers et (oui) quelques partys, Eastern Bloc se voit contraint de déménager de son quartier qu’il a contribué à rendre dynamique. Alors que la gentrification s’abat sur ce lieu de renommé, Eastern Bloc profite de cette occasion pour célébrer son esprit critique et sa philosophie DIY ancrée dans la communauté.

Le DIE dans DIY fait référence à l’idée de la fin d’une phase et le début d’une nouvelle. Face au choix difficile de quitter notre espace, notre building, notre quartier dans lequel nous avons évolué, nous avons opté pour l’exploration de nouveaux territoires. Avant de s’établir dans un autre arrondissement de la cartographie des arts numériques, nous vous invitons à une dernière fin de semaine de festivités afin d’entériner le 7240 Clark.

- Martín Rodríguez


Cette 10ème édition du festival Sight + Sound 2019 célèbre la culture du DIY par le biais d’une réflexion critique et d’un regard politisé. Au sein même de la structure d’Eastern Bloc, le DIY résonne au quotidien par son mode de fonctionnement fondé sur une modeste économie de moyens et le partage des ressources.

Adopter la philosophie DIY, en appliquant des méthodologies alternatives, répond à la nécessité de résoudre un besoin imposant. Les artistes présentés dans le cadre de cette 10e édition font en effet preuve d'innovation, d’originalité et d’expérimentation au moment de développer leur propre outil et leur médium : ils font échos au discours de George McKay, musicien et chercheur écossais, spécialisé en culture et média indépendant reconnaissant que l’ « Action! [est] l’une des vraies forces de la culture DiY[1] ». Alors que la transformation matérielle, une action typique du DIY, produisant souvent un effet magique, il n’est pas surprenant de constater que deux des artistes participants, Peter Blasser et Navid Navad, usent le terme alchimie en décrivant leur pratique artistique.

1_McKay, George. DiY Culture: Party and Protest in Nineties' Britain. Brooklyn : Verso, 1998.p.4.

- Esther Bourdages